La formation des pasteurs évolue Spécial

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  • La formation des pasteurs doit s’adapter à des vocations plus tardives. La formation des pasteurs doit s’adapter à des vocations plus tardives.

    Les Eglises réformées connaissent une crise des vocations: de nombreux pasteurs arrivant à l’âge de la retraite ne seront pas remplacés. Une adaptation de la formation universitaire pourrait partiellement remédier au problème en ne décourageant pas les vocations tardives.

    «Les baby-boomers auront pris leur retraite d’ici dix ans. Nous avons comme un champignon qui avance inexorablement et dont la base est plus réduite.» Le vieillissement démographique ne préoccupe pas que les responsables des assurances sociales, mais aussi les Eglises, à l’image de Jean-Baptiste Lipp le président du Conseil exécutif de la Conférence des Eglises protestantes romandes.

    Les départs à la retraite devraient augmenter à partir de l’an prochain, estime l’Institut suisse de sociologie pastorale basé à Saint-Gall. Il prévoit une pénurie de pasteurs à partir de 2040. «Nous la vivons déjà, rectifie Jean-Baptiste Lipp. Ce qui ne pose pas toujours un problème, certaines Eglises cantonales devant réduire le nombre de postes» du fait de la diminution des pratiquants ou de leurs ressources financières.

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    Changements à la faculté

    27A EM10 LargeLes Eglises ne restent toutefois pas passives face à cette situation. L’Eglise évangélique réformée vaudoise a par exemple créé en 2013 le statut d’animateur d’Eglise pour permettre à des quinquagénaires de terminer leur carrière professionnelle au service de l’Eglise. Une formation en théologie correspondant à celle requise pour les diacres complète l’expérience acquise dans des domaines tels que la santé. Et permet aux animateurs d’Eglise d’occuper des postes d’aumôniers notamment. Cette voie a du succès. Toutefois, elle «est plutôt devenue un modèle pour des personnes en début de carrière», relève Jean-Baptiste Lipp.

    «Nous formons des théologiens dont certains, ensuite, se forment comme pasteurs.»

    Devenir pasteur en paroisse semble en revanche moins intéresser les jeunes. Les cours des facultés de théologie protestante de Lausanne et de Genève ne sont pas désertés pour autant, même si le nombre d’étudiants baisse. Le 31 décembre 2022, on en comptait 78 au sein de l’institution vaudoise; ils étaient 120 en 2017. Dans la cité de Calvin, 132 futurs théologiens ont pris le chemin de l’université l’automne dernier contre 160 en 2017.

    Mais ces chiffres ne disent pas grand-chose de la relève des pasteurs. «Les facultés jouent sur la possibilité de s’orienter vers d’autres carrières», remarque Jean-Baptiste Lipp. Institutions étatiques, communication politique, travail humanitaire, énumère Irene Becci: les débouchés sont multiples. En novembre, une journée des métiers organisée avec la faculté de théologie de l’Université de Genève présentera aux étudiants l’éventail de carrières qui s’offrent à eux. «Nous formons des théologiens dont certains, ensuite, se forment comme pasteurs», constate la sociologue et anthropologue qui enseigne à l’Université de Lausanne.

    Le nom de la faculté dont elle est la doyenne témoigne de son orientation plus large: depuis un peu moins de vingt ans, elle est la Faculté de théologie et de sciences des religions. Réorganisée en 2006 pour faire de la place aux sciences des religions, elle a créé la première chaire de Suisse consacrée au judaïsme. Suivant là «l’évolution de la situation juridique des communautés religieuses dans le canton de Vaud»,  On comptait 1885 pasteurs en Suisse en 2016. Ils étaient 1772 en 2022. lequel reconnaît la communauté israélite comme institution d’intérêt public depuis 2003.

    La formation s’est donc étoffée, proposant par exemple des cours d’anthropologie et d’épistémologie. Le corps professoral a changé – les pasteurs en représentent aujourd’hui une minorité –, tout comme le corps étudiant. «Les grandes familles vaudoises dans lesquelles on est pasteur de génération en génération ont quasiment disparu. L’intérêt pour la théologie s’éveille dans d’autres environnements», souligne Irene Becci.

    En théorie et en pratique

    Si les études de théologie ne mènent plus forcément au pastorat, il ne peut en revanche y avoir de pastorat sans théologie. Les sept étudiants de l’Office protestant de la formation (OPF), venus des cantons de Vaud et de Neuchâtel ainsi que du Jura bernois, sont tous titulaires d’un master dans ce domaine. «Le parcours académique donne les clés en théologie, mais il faut ensuite l’appliquer dans la vie concrète d’une paroisse», annonce Daniel Chèvre. Responsable de la formation pastorale, il évoque des cours liés à la gestion de projet, à l’accompagnement, à la prédication, à la liturgie et aux relations avec les bénévoles

    Ce passage obligé représente 60 jours de formation en complément à un stage de 18 mois, principalement passés en paroisse. Devenir pasteur prend ainsi près de sept ans si tout se passe bien à l’université où obtenir un bachelor demande trois ans de travail et un master deux.

    C’est là que le bât blesse aujourd’hui: les vocations tardives sont de plus en plus nombreuses. Or, «pour des personnes plus âgées, sept ans d’études c’est long», note Jean-Baptiste Lipp. Tant les Eglises que les universités de Lausanne et de Genève en sont conscientes, raison pour laquelle ces dernières proposeront dès l’automne une nouvelle voie, plus rapide, pour les personnes disposant déjà d’un diplôme. Le modèle existe outre-Sarine, ce qui offre la certitude que «ce n’est pas un master au rabais», précise Irène Becci. Il s’agit de reconnaître la formation préalable des nouveaux candidats.

    «Davantage de pasteurs souhaitent aujourd’hui travailler en aumônerie.»

    «Ce sont des personnes qui se sont formées dans un autre domaine, qui ont fait leur vie, leur carrière et s’intéressent plus tard à la théologie et au pastorat», définit la doyenne de la Faculté de théologie et de sciences des religions. Jusqu’à présent, elles devaient reprendre le cursus au début. A partir de l’automne, elles gagneront deux années à condition d’avoir un bachelor dans une autre discipline. «Quelqu’un qui a par exemple un diplôme en droit devra effectuer une année de préparation au master en suivant notamment des cours d’hébreux et de grec.» Si certains auraient vu d’un bon œil que l’apprentissage de ces langues, pas nécessaires dans la vie quotidienne d’un pasteur, disparaisse pour contribuer à alléger la formation, les académiciens ne sont pas entrés en matière: «Il nous tient à cœur que nos étudiants puissent travailler les textes dans leur langue d’origine pour comprendre leur contexte culturel et historique et avoir un accès intellectuel aux mondes anciens».

    D’autres réformes en vue

    Il s’agit là d’une première étape. La prochaine consiste en l’instauration de voies distinctes lors des deux années de master. L’une permettrait aux étudiants de s’orienter vers la recherche et un doctorat tandis que l’autre les dirigerait vers la pratique. Cette option comprendrait un stage en fin de cursus qui permettrait de mettre les futurs pasteurs plus rapidement en contact avec la réalité du terrain. Et de raccourcir la durée de leur formation puisque l’idée est que ce stage soit reconnu dans le cadre de la formation pastorale dispensée par l’Office protestant de la formation. Lequel réfléchit par ailleurs lui aussi à adapter son cursus d’ici l’année prochaine.

    Cette formation raccourcie permettra-t-elle de donner aux Eglises réformées de Suisse suffisamment de pasteurs? Non, répond Jean-Baptiste Lipp. «Les Eglises devront continuer de travailler à des formations et des profils différents et devront probablement abandonner l’idée de ne mettre que des animateurs d’Eglise en aumônerie et que des pasteurs en paroisse. Davantage de pasteurs souhaitent aujourd’hui travailler en aumônerie.» Les défis sont nombreux, la formation n’en est qu’un parmi d’autres. 

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