Soutien aux jeunes parents Spécial

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  • Irène Fischer (à gauche) et Christelle Ruffieux ont constaté le besoin de soutien des jeunes parents romands. Irène Fischer (à gauche) et Christelle Ruffieux ont constaté le besoin de soutien des jeunes parents romands.

    Depuis 2015, des aides maternelles proposent leur soutien à des familles de Suisse romande surchargées par l’arrivée d’un nouveau-né, un accident ou une crise demandant un appui extérieur. Malgré les besoins, la formation dispensée à Morges attire encore peu de candidats.

    «Mère d’une fille de 2 ans, j’avais envie d’approfondir mes compétences dans le domaine familial.» C’est un intérêt personnel, et non la recherche d’un emploi, qui a poussé Irène Fischer, 37 ans, à suivre la formation d’aide maternelle dispensée au Centre d’enseignement des métiers de l’économie familiale (CEMEF) à Morges (VD). C’est aussi le cas de Christelle Ruffieux, 47 ans et mère de quatre enfants, qui nous accueille chez elle à Broc (FR). «Couture, alimentation, hygiène, planification, communication… tous les cours, qui se basent sur des savoirs respectueux de l’environnement, me parlaient», se souvient la Gruérienne en nous servant du thé.

    Toutes deux ont terminé leur formation en 2022. Christelle Ruffieux a été marquée par les stages où elle accompagnait les sage-femmes à domicile: «C’est là que j’ai repris conscience de l’intensité de cette période pour les jeunes parents». L’aide maternelle a pour rôle de venir en aide à une famille traversant une période de surcharge liée à une naissance, un accident ou un traumatisme. Elle a vocation à soutenir, mais aussi transmettre ses connaissances et accompagner une mère dans l’apprentissage de l’autonomie en période de grossesse, de post-partum ou de convalescence, indique un dépliant remis par Irène. «C’est un appui temporaire pour lui permettre de garder la tête hors de l’eau et de s’en sortir», ajoute-t-elle. C’est en 2015 qu’Esprit Sage-Femme, une association de sages-femmes accoucheuses extrahospitalières, crée la formation d’aide maternelle. «Lors de leurs interventions, elles voyaient des femmes qui auraient eu besoin de soutien pour leur ménage ou les repas, mais ce n’était pas leur rôle», explique Christelle. Il existe pourtant des services d’aide familiale dans plusieurs cantons romands. «Ils sont surtout destinés à des personnes âgées et il y a beaucoup d’attente. Une maman qui s’était cassé le pied avait appelé un service de soins à domicile: on n’a pas pu répondre à sa demande», illustre-t-elle.

    Une bouffée d’air

    Les aides maternelles travaillent en indépendantes et effectuent des tâches de quelques heures comme la préparation de repas, la garde d’enfants, le ménage ou une aide administrative. Les besoins sont identifiés lors d’un premier entretien avec la famille. Pour des prestations d’une durée moyenne de deux mois. «Nous gardons toujours un temps d’échange avec la mère, ce qui permet aussi de la soulager», constate Irène, de Romont (FR), opérant sur Vaud et Fribourg. Les deux mères ont pléthore de situations à raconter: celle d’une maman d’un bébé d’un mois qui le faisait garder deux heures par semaine et attendait ce moment comme une bouffée d’air frais.

    «Une autre mère devait subir une ablation de l’utérus et redoutait cette opération. Ma mission était de m’occuper du ménage et des enfants. Un jour, alors que j’avais simplement vidé le lave-vaisselle, elle s’était exclamée: ‘C’est génial!’. Je pense qu’elles sont particulièrement reconnaissantes, car nous intervenons alors que la famille traverse une crise», estime Christelle. L’intervention des aides maternelles permet parfois aux parents de prendre du recul et de revoir leur manière de faire: comme cette maman, en convalescence après un accident, voyant Christelle cuisiner à une heure inhabituelle pour elle ou utiliser des produits de nettoyage plus naturels. En revanche, les diplômées de la CEMEF ne dispensent pas de soins médicaux; si nécessaire, elles redirigent les familles vers les spécialistes de santé avec lesquels elles collaborent.

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    Superwoman

    Les mères qui font appel aux aides maternelles vivent souvent loin de leurs proches. Les deux Fribourgeoises observent une perte de transmission du savoir-faire familial et une tendance individualiste qui compliquent la tâche des mamans d’aujourd’hui. Elles ont affaire dans la majorité des cas à la «cheffe de famille», ayant peu de contacts avec son mari. «Notre société alimente le mythe de la superwoman qui travaille, fait du yoga, cuisine sainement pour ses enfants, aménage sa maison de manière optimale, etc. Cela engendre une charge mentale particulièrement élevée», soutient Irène.

    Bien qu’elle salue l’implication grandissante des hommes, elle considère que c’est la femme qui continue de penser le plus aux besoins du foyer. Et certains réflexes liés au rôle de chacun demeurent bien ancrés: «Je me souviens d’une maman de quatre enfants qui s’était cassé la jambe. Durant sa convalescence, son entourage s’était proposé pour cuisiner ou les invitait. Un an plus tard, ce fut au tour du mari d’être accidenté: sa femme reçut alors beaucoup moins de soutien», fait remarquer la Romontoise.

    Maintenir la formation

    Les services des aides maternelles sont partiellement remboursés par certaines assurances complémentaires, l’assurance-accidents et l’assurance-invalidité. Mais pas par l’assurance de base. «Notre tarif standard est de 50 francs de l’heure. Certaines familles ne peuvent pas se le permettre», constate Christelle. Le site AIMA (pour aides maternelles), www.aidematernelle.ch, recense actuellement une quinzaine de professionnelles sur Vaud et Fribourg ainsi qu’en Valais. «L’été passé, nous avons créé une association pour protéger les familles, chercher des fonds afin de développer nos prestations et maintenir la formation», souligne Irène, vice-présidente. Elle explique le manque de candidats – les cours sont ouverts aux hommes – par la difficulté de concilier une formation avec la vie familiale ou un emploi en cours, les déplacements qu’elle peut impliquer et le fait qu’elle débouche sur une activité secondaire.

    Les membres d’AIMA n’en restent pas moins convaincues que les besoins sont là, contraintes parfois de refuser des mandats et confortées par certains retours, comme celui rapporté par Irène: «J’ai travaillé pour une maman d’une fille de deux ans qui avait surtout besoin de se reposer et de parler. Elle m’a dit que ce service lui avait permis d’apprécier davantage sa maternité».

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